amadeo_77P8

On reconnaît sur cette toile, dont le titre est inconnu, plusieurs éléments figuratifs qui apparaissent sur des peintures antérieures et que l’on peut considérer comme des images récurrentes dans l’œuvre du peintre : la guitare, les cibles (qui sont devenues ici des pièges à insectes), la forme hybride, du côté droit de la composition, que l’on retrouve aussi sur Pêcheur Atlantique Marée Côte noire (p. xx), les fils mécaniques qui relient les différents éléments et la main robotique qui semble jouer la guitare.
Cependant, il ne s’agit pas pour autant d’un simple copier/coller. En effet, l’identification de ces différents éléments n’est pas immédiate en raison de la profusion et de la contamination de ces formes, et elle est rendue plus complexe par l’ajout de nouveaux intervenants, comme les lettres et les chiffres et le collage des allumettes dans le coin inférieur droit. L’élément unificateur de cette palette de références devient l’artiste lui-même et sa recherche picturale, qui atteint désormais un degré élevé de sophistication, tant au niveau de la composition que du point de vue de la technique. Cette complexité est par ailleurs révélatrice de sa relation avec les courants artistiques internationaux.
Un détail en particulier indique que cette peinture n’est pas simplement le résultat d’un exercice expérimental de superposition de références mais, avant tout, une expression personnelle qui réunit, recompose et réfléchit sur la réalité : la guitare qui saigne crée ainsi un effet dramatique et presque contradictoire avec la vibration des couleurs, des formes et des dynamiques du reste de la composition. Au moment où il peignit cette toile, Amadeo était ébranlé par le contexte de guerre et recevait les nouvelles des blessures et des décès de ses compagnons de Paris, comme celui de Boccioni en 1916. Par ailleurs, l’artiste portugais projetait son retour à la capitale française, reporté à plusieurs reprises et, dans les interviews publiées en 1916, il opposait la vie cosmopolite et moderne parisienne à l’apathie et à la décadence de Lisbonne. Cet ensemble de circonstances propose ainsi une nouvelle lecture de cette guitare personnifiée qui, dès lors, s’inscrit dans une perspective complexe de la réalité. Il s’agit donc d’une peinture qui réunit un certain nombre d’éléments dissonants. Elle se distingue des autres tableaux de la même période qui expriment, quant à eux, d’éloquentes célébrations de la modernité.

Leonor Oliveira

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