amadeo_77P151

« Les montagnes ont une silhouette qui donne envie de leur passer la main sur l’échine », écrit Amadeo de Souza-Cardoso en 1910, pendant l’un de ses séjours à Manhufe. L’évocation du paysage de son pays natal était un thème récurrent dans la correspondance du peintre portugais, dont la personnalité artistique se définissait par la dichotomie entre son goût pour le milieu urbain et cosmopolite qu’il rechercha et trouva à Paris et son constant besoin de revenir aux sources, aux terres et aux gens du Nord du Portugal.
L’impact des montagnes de Manhufe, grandioses et inondées de lumière, est patent sur Montagnes, toile qui se distingue par la perspective à grande échelle, rare dans l’œuvre de l’artiste. Il y reprend certaines de ses recherches plastiques sur la couleur, après une période marquée par les expériences en noir et blanc des dessins et gravures de 1911-1912.
La composition dénote une palette influencée par les réminiscences impressionnistes : elle se décline en verts et en bleus froids, tellement caractéristiques des paysages de la région du Minho, associés aux couleurs chaudes de l’ocre, de l’orange et du rouge qui transmettent la chaleur du soleil portugais. Les taches de couleur définissent délicatement les montagnes et les forêts épaisses où serpente une rivière, en un subtil jeu géométrique de reliefs et de formes diverses et ondoyantes.
Cette perspective verticale du paysage, qui rappelle la peinture européenne du XVème siècle, est reprise dans Portrait paysage : un dessin où le peintre se représente encadré par « ses » montagnes, dans une pose hiératique et théâtrale, tout aussi évocatrice des portraits du Quatroccento.
L’encadrement de cet autoportrait dans le paysage – qui constitue, rappelons-le, un des éléments identitaires les plus profonds d’Amadeo – confère une forte densité psychologique au personnage. Il surgit dans une attitude frontale et provocatrice, teintée d’un certain sentiment de désolation. La majesté et l’isolement des montagnes apparaissent donc comme une métaphore de la personnalité et du parcours de l’artiste, marqué par la conscience de la singularité de ses choix artistiques dans le contexte portugais. On peut y deviner une prémonition de son prochain retour chez lui, lors de son exil forcé après l’éclatement de la Première Guerre Mondiale.

Joana Baiao

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s