77P1

Le tableau Les Lévriers correspond à une phase d’extériorisation de l’artiste, après d’intenses recherches dans le domaine du dessin qui aboutirent en 1912 à la réalisation de deux pièces centrales de son œuvre, les XX Dessins et La Légende de Saint Julien l’Hospitalier. Sa démarche est toujours la même : élaborer son identité artistique à l’intention du public, par le dialogue de ses thèmes d’élection avec les mouvements artistiques d’avant-garde contemporains.
Du point de vue iconographique, Amadeo de Souza-Cardoso puise son inspiration chez les primitifs – dont les tableaux étaient à l’époque connus et reconnus – qui trouvent leur écho dans la mythologie personnelle de l’artiste. En effet, adepte de la chasse et chasseur à la vocation aristocratique, il aimait traverser au galop les montages de Manhufe. Ce penchant explique sa fascination pour les chefs-d’œuvre des peintres du Quattrocento qui consacrèrent nombre de leurs toiles à la thématique de la chasse. Ainsi, la peinture de Paolo Uccello, Chasse nocturne (vers 1470, Ashmolean Museum, Oxford), dont Amadeo connaissait la reproduction, avec ses lévriers courant et les corps en mouvement, en fut certainement source d’inspiration.
La toile est dominée par la présence hiératique et stylisée de deux lévriers, dont la posture crée un effet de superposition rythmique et de mouvement. Ils s’articulent avec l’image – double, elle aussi – de deux lapins figurés en plein saut. L’impact graphique de cette composition est accentué par la silhouette étirée des montagnes et du soleil excessivement large et orangé, de tonalité symboliste, fin-de-siècle. Deux dessins – dont l’un formellement identique – semblent confirmer la méthode de l’artiste qui transposait directement ses expériences du papier à la toile. L’expression picturale est dominée par le trait qui définit l’équilibre de la composition. Exception faite du patron décoratif des lapins, ouvertement inspiré des estampes japonaises de l’époque, tous les autres éléments de la toile sont représentés par des formes dessinées et remplies de taches de couleurs homogènes aux doux contrastes.
Amadeo présenta cette peinture à Paris, lors du XXVII Salon des Indépendants, en avril 1911.
Helena de Freitas

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s