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Le personnage principal de cette peinture est une machine qui se trouve au centre de la composition et que l’on identifie au premier abord comme une caisse enregistreuse – il s’agit, en fait, d’une calculatrice. Elle est manipulée par une figure humanoïde qui possède une sorte de bras bionique, composé de disques chromatiques. Ces disques apportent à cet engin mécanique une dimension décorative et ludique, marquée par les contrastes et la vibration des couleurs qui, associés à l’introduction des lettres et des chiffres, des marques et produits contemporains, donnent un ton Pop avant la lettre à cette toile, ton que l’on retrouve sur d’autres tableaux de la dernière phase de la carrière du peintre.
On trouve dans cette composition plusieurs références à des technologies de l’époque, et notamment au modèle précis de la calculatrice avec le nom de son inventeur, Barrett, qui la conçut en 1914. On identifie également sur la toile la marque d’ampoules « Wotan », dans le coin supérieur droit, et l’inscription U52, près de la calculatrice du côté gauche, qui fait probablement référence à un sous-marin.
L’introduction d’éléments de la culture de masse et de consommation dans la peinture n’était pas inédite. Robert Delaunay avait ainsi copié les annonces publicitaires affichées à Paris ; Picasso et Gris avaient peint et collé sur leurs toiles des logotypes de boissons et d’autres produits, principe que l’on retrouve dans les collages des artistes futuristes. Dans le domaine de la poésie, le poème Manucure (1915) du portugais Mário de Sá-Carneiro intégrait la représentation graphique de plusieurs marques – banques, parfums, compagnie de navigation et même produits en conserve.
Dans ce contexte, cette œuvre d’Amadeo de Souza-Cardoso est plutôt singulière, non seulement en raison de l’expression de la couleur mais aussi du ton encore enchanté avec lequel il évoque la technologie et la vie moderne en pleine période de guerre. Les références esthétiques de cette peinture se rattachent ainsi à la période précédant le conflit mondial, quand l’artiste portugais résidait encore à Paris, révélant peut-être son désir d’évasion du quotidien rural au moment où il réalise cette œuvre.
Cependant, plus qu’une simple citation ou un collage de références publicitaires, ce tableau propose une nouvelle posture esthétique qui met l’accent sur les machines et les nouvelles inventions technologiques.

Leonor Oliveira

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